Je doit rappeller que je ne suis pas ici pour donner une conférence, ni pour apporter une quelconque réponse à la question de ce qu'il faut faire, comment, pourquoi, mais éventuellement pour faire écho, rebondir, et éventuellement susciter d'autres rebonds. Ce sera d'abord un libre rebond sur un certain nombre de choses qui ont été évoquées ici.
D'abord, dire qu'à mon avis effectivement il y a deux attitudes quand on pense à la radicalité. Il y a une attitude qui pense qu'elle est historiquement constituée, c'est à dire qu'il y a une histoire, une histoire des révolutions notamment, ça n'a pas marché une première fois, une seconde, une troisième, etc., mais si on prend les mesures qu'il faut avec les gens qu'il faut et les théories qu'il faut disons, on devrait y arriver à la quatrième, ou la cinquième ou la sixième fois.
Politique des savoirs et savoirs politiques
Radicalité, Action, et Savoirs
Que seraient une pensée et une action politiques radicales aujourd'hui ?
J’aimerais tenter ici de confronter les réflexions des séminaires autogérés de recherche politique que nous avons mis en place à l’ENS (en particulier un séminaire sur l’émancipation), dans le prolongement de l’expérience des mouvements sociaux, avec le texte de l’entretien réalisé par le Sabot avec J. Rancière (entretien disponible sur le site de la CIP) – et ce, autour de la notion de « radicalité ».
Il apparaît assez clairement que beaucoup de choses appellent, aujourd’hui, une radicalité.
Vive l'indisciplinarité ?
Ce que je voudrais faire ici simplement, à l'occasion de ce forum qu'on a titré "Vive l'indisciplinarité !", c'est proposer quelques repères, historiques dans une première partie, et autour de Foucault dans une deuxième partie, le sujet étant la remise en question des disciplines, du mouvement même de disciplinarisation puisqu'il n'y a pas toujours eu de disciplines, les disciplines se sont constituées historiquement. Il n'y a pas de découpage strict des disciplines, il n'y a pas de division entre les disciplines historiquement, pas même de différence véritablement faite entre science et philosophie. Il y a un savoir non différencié, une indisciplinarité déjà, et le problème est de ne pas faire retour à cela lorsqu'on parle d'indisciplinarité aujourd'hui. Qu'en est-il de l'indisciplinarité précédente à l'âge classique et de ce qu'on entendrait par là aujourd'hui ?
C'est pourquoi... (notes du 18 novembre 2009)
La disciplinarisation des savoirs est déterminante de qui serait qualifié à prendre la parole et à propos de quoi, plus encore, du mode de relation entre réflexion disciplinaire et vie politique et sociale - et entre théorie et pratique - en même temps que sont élaborées les procédures d'évaluation, de validation, de légitimation, etc. qui leur sont intègres -, autrement dit la production, la division et la hiérarchisation des savoirs serait corrélative de celle de l'organisation des places et des fonctions sociales.
Cette question initiale à de nombreux débats inscrit celle des savoirs et de leur disciplinarisation à l'intérieur de celle d'un système politique qui est aussi un système de production, un système social, qui tout comme les savoirs disciplinaires produisent leurs propres objets et leurs propres points d'inconnaissance, produit dans une relation réciproque les sujets qui pourront y être admis à y prendre la parole, à y être reconnus.
La possibilité d'une recherche politique
Quelques idées et interrogations à l’origine du séminaire sur l'émancipation à l'ENS :
J’aimerais présenter ici une idée assez simple, portant sur la nécessité de construire l’espace d’une recherche politique aujourd’hui, et le rapport qu’une telle recherche entretiendrait tant à l’égard des savoirs disciplinaires qu’à l’égard des pratiques politiques. Et c’est contre une double coupure que cette recherche serait à construire.
1) La première apparaît lorsqu’on plonge dans la réalité actuelle du monde académique : on est alors frappé par la manière dont la recherche y est coupée de toute conséquence pratique ;
Pour une politique des savoirs
La question se pose, à chaque fois qu'il y a un mouvement autour des universités, d'arriver à faire en sorte que ne soit pas laissée hors champ la façon dont est organisé, dont est construit le savoir universitaire lui-même. C'est ce qui me semble fondamentalement en question, et c’est ce dont beaucoup de gens ont parlé ici.
Cette question pourrait être formulée : quel sens peut-on donner à l’expression « politique du savoir » ? Entendue en deux sens qui sont d'une part la place du savoir dans le fonctionnement de ce que certains ont proposé d'appeler le « capitalisme cognitif », centré sur une économie de la connaissance, et d'autre part comment construire ou comment concevoir une image du savoir qui soit irréductible à ce fonctionnement ? Etant entendu que l'on ne peut pas se contenter de resservir la critique de l'idéologie telle qu'elle a été menée il y a longtemps.